le blog de Firmin

13.2.08

Je constate avec plaisir que le sort de Firmin préoccupe encore certains d’entre vous. Je sais qu’il pense en ce moment beaucoup à M. Ponticelli, dernier survivant de la "grande" guerre (y en a-t-il de petites ?). Il est le dernier survivant d’un effroyable carnage. « Plus jamais ça ! » disait le père de Firmin, mon arrière grand-père, en rentrant chez lui, une jambe en moins. Et pourtant : Toujours ça ! Il y a encore, aujourd'hui, 65 guerres allumées dans le monde…
Nicolas

11.2.08

Firmin, le retour

Comme vous vous en êtes aperçu le blog de Firmin est resté muet pendant quelques mois.
Deux raison à ce silence assourdissant : Papi a fait un grave malaise cardiaque et a dû être hospitalisé pendant plusieurs mois. Pontages, complications etc. Rassurez-vous il va mieux mais il est en maison de repos pour encore quelques mois à l’autre bout de la France. J’ai donc beaucoup de mal à le rejoindre pour composer sous sa dictée les articles qui vous plaisaient tant. Je vais essayer, très rapidement de reprendre ces dialogues avec lui et vous en faire partager la saveur.
À bientôt donc.
Nicolas

2.10.07

Un maître est né !

Ces temps-ci, je ne bouge plus beaucoup de devant ma télé quand Nicolas n'est pas là. Le temps ne me permet plus de sortir beaucoup et je dois faire attention, l'alerte ayant été chaude l'hiver dernier.
Alors, je me passionne pour ce que je vois.
Parce que j'ai toujours eu du mal à ne pas me passionner pour les choses.

Et j'ai vu l'autre jour un jeune homme qui m'a fait bondir le coeur.
Il s'appelle Teddy Riner.
C'est un jeune homme de 19 ans, avec un sourire permanent jusqu'aux oreilles et une humilité qui le font ressembler à un bon copain.
Il est français et fait du judo depuis l'âge de 5 ans, comme bien d'autres enfants.

Mais celui-là est allé au-delà des autres.
À 19 ans, il est devenu le plus jeune champion du monde de judo de sa catégorie, la même que David Douillet.

C'était justement David Douillet qui lui avait donné sa ceinture verte quand il avait juste 10 ans.
Devenir un maître, c'est cela : prendre la torche de la main du maître, puis le dépasser, emmener la torche plus loin encore.

Ce gamin m'a fait penser aux miens. J'avais inscrit mon fils au judo, moi aussi.
J'avais été impressionné par la vertu profonde de ce sport.

La discipline y est omniprésente. Le maître y est réellement un maître, c'est-à-dire quelqu'un qui a travaillé, obtenu par ce travail et son talent son statut, et qui en est ainsi légitime.
C'est ce qui fait que le maître est respecté par ses élèves. Il a fait le chemin avant eux et les devance, leur transmettant tout ce que son vécu et son expérience lui ont permis de comprendre et d'apprendre.
Enseigner, c'est cela.
Un maître montre l'exemple.
Le maître incarne les valeurs du judo.

Saviez-vous que la première d'entre elles est le courage, et qu'il est ainsi défini dans ce sport : « le vrai courage est de faire ce qui est juste » ? C'est de là que me vient cette phrase, qui m'avait tant marqué, alors que mon petit bonhomme apprenait ses premières chutes arrières.
Ce qui compte n'est pas de gagner, mais d'avoir fait de beaux gestes, ce qui n'est possible que dans le respect des règles et de l'adversaire.
Puis on salue, pour remercier le partenaire d'avoir rendu ce moment merveilleux possible.

Teddy Riner est maintenant un maître.
Il en a toutes les qualités, car il est d'abord un garçon exemplaire. Calme, bien élevé, visiblement gentil et doux... Il incarne les valeurs du judo.
Il est devenu un maître en dépassant les siens. Confronté pour la première fois au tenant du titre japonais, réputé invincible, Teddy l'a battu en toute simplicité.
Puis, en finale, il a gagné face à un Russe impressionnant, au visage pareil à une icône de maître Judoka. Belle image, beau symbole.

Teddy Riner est maintenant un maître. Il est donc maintenant prêt pour la tâche du maître : emmener son art encore plus loin, en repousser les limites pour les autres, et transmettre par l'enseignement et l'exemplarité.

Si les maîtres du judo disparaissaient d'un coup, les enfants ne pourraient plus apprendre toutes ces choses qu'on ne transmet que de maître à élève et que les livres ne sauraient retranscrire. Tout le chemin serait à refaire et une partie de la connaissance de ce sport serait perdue à jamais.

Il en va de même pour l'Humanité.
Choisissez bien vos maîtres, car tout est là.
Éclairez-vous de leur exemple et de leur enseignement, puis prenez le relais, dépassez-les, pour leur plus grand bonheur.

Et merci à ce jeune homme de m'avoir procuré cette si belle émotion.

27.9.07

Les larmes de PapaPoule

Il nous a parlé de la petite main brûlante qui serrait à peine son doigt.
Il a encore dans la tête les saccades du respirateur artificiel, le ronronnement respectueux et laborieux des soignants, la pénombre de la chambre.
Il nous a décrit le rituel de la désinfection, le sas, la masque qui embue les lunettes à chaque souffle.

PapaPoule revient du service de réanimation de Necker.

Il nous a dit l'angoisse, les mots si lourds entendus au téléphone, l'urgence.
En pleine nuit, le combat silencieux de gens en blouse, les quelques heures d'incertitude, le travail acharné pour ne pas avoir à annoncer le pire.

Et puis le calme. Ce calme si peu tranquille qui n'est peut-être que du temps gagné, mais qui permet de reprendre ses esprits et de se projeter à nouveau dans les heures qui viennent. Se remettre à penser...

PapaPoule pleure doucement. Il a pleuré dès la deuxième phrase.
Nous l'attendions pour travailler à son premier article. Comme d'habitude, il nous a dit qu'il allait bien. Comme d'habitude, il a demandé à Papy des nouvelles de sa santé, comme si de rien n'était.
Comme d'habitude, PapaPoule a voulu rester debout et mépriser ses douleurs.
Mais, comme toujours, nous avons bien vu son visage, son coeur et sa chair lacérés d'un combat de plus.
PapaPoule refuse de se plaindre :

- J'ai choisi cette vie. J'ai voulu vivre comme ça...

Un jour, il a rompu avec sa vie dorée de cadre supérieur. Son cœur prenait trop de place. Son cœur encombrait la salle du Comité de Direction, il était incongru au milieu des batailles feutrées pour le pouvoir. Son cœur ne trouvait pas de place dans les derniers étages des tours de La Défense.
Alors, dès premier enfant né, il a tout plaqué. Il a voulu changer de vie.
Sa petite puce, il l'a adoptée ensuite. Une famille de cœur et de conviction, portée de plus en plus à bout de bras.
Certains lui disent que cette nouvelle vie paie moins, mais de quel salaire parle-t-on ? PapaPoule touche chaque jour son salaire, un salaire d'humanité, de chair et de cœur. PapaPoule trouve qu'il gagne, plus qu'avant, de quoi vivre vraiment.

PapaPoule ne pleure pas de tristesse, ni de désespoir. Il pleure d'épuisement et profite d'être avec nous pour laisser enfin couler sa fatigue.

Papy lui dit qu'un ressort trop longtemps tendu risque de se déformer à jamais. Alors qu'il suffit de le détendre un peu, de temps en temps, pour qu'il résiste éternellement.

Papy lui dit qu'un homme vit presque 100 ans. Et que peu d'hommes, sur ces 100 ans, en ont consacré ne serait-ce que cinq aux autres, alors même qu'il leur en resterait encore tellement pour eux. À quoi bon vivre longtemps si c'est pour ne pas se grandir ? On remercie si rarement ceux qu'on a la chance d'aider !

Papy lui parle des guerres. De ces guerres que l'on mène pour les autres, de ces guerres si justes. Papy lui raconte ces combats desquels on ressort fourbu, vidé, mais pendant lesquels on est porté par le seul impératif de réussir.

Et puis Papy lui dit que ce sont les petits qui font les grands. Que ce sont les élèves qui font le maître. Il lui dit que, si sa petite puce lui a appris quelque chose du fond de sa douleur, il doit le transmettre à son tour. Parce que seules les douleurs vaines sont insurmontables.
Il lui a demandé s'il était malheureux.

Et PapaPoule a presque bondi.
Il a dit qu'il n'était pas malheureux, moins qu'il ne l'avait jamais été. Parce qu'être enfin à sa juste place est une chance que tout le monde n'a pas.

PapaPoule a réfléchi, et il a dit qu'une petite main brûlante lui avait appris aujourd'hui où était le bonheur.
Les gens attendent que la vie soit enfin heureuse pour être enfin heureux. Mais la vie ne l'est pas forcément.
On n'a prise ni sur la vie ni sur le monde. Mais on a prise sur son cœur, on peut le rendre plus beau.

Une petite puce de quatre ans, du fond de sa douleur et de son courage, a donné une leçon à PapaPoule : le bonheur, ça ne s'attend pas, ça se décide.

Papy lui a dit :

- Maintenant, transmettez-le !

Alors, la vie continue.