Faire des enfants est-il moral ?
Et pourtant…
Vous le savez, j’adore les enfants. Ils sont et ont été la première chose pour laquelle je serais prêt à donner ma vie. Chaque enfant est l’espoir d’un monde meilleur. On ne voit en lui que ce qu’il fait et fera de bien, mais aussi son avenir, forcément radieux.
Pourtant, toute ma vie, j’ai été incapable de répondre à la question : « est-il moral de faire des enfants ? » Je reconnais évidemment que cette question surprend, choque, mais je n’y peux rien. Il faut faire ce qui est juste, jusqu’au bout.
Il y a bien sûr de nombreux arguments pour répondre par l’affirmative. Et c’est sans doute à ces raisons-là que je me suis rendu, puisque j’en ai fait quatre… et des beaux !
En effet, il n’y a rien de plus beau qu’un rire d’enfant. Les enfants apportent un bonheur incomparable. Mais cela suffit-il à rendre la chose morale ?
N’est-ce pas juste égoïste ?
On ne peut jamais être sûr que l’enfant que l’on met au monde sera heureux et ne souffrira pas. Comment être certain qu’on ne crée pas un être qui connaîtra l’horreur ? L’enfant qui n’est pas né souffre-t-il de ne pas exister ?
Bref, j’ai toujours trouvé qu’il y avait un « risque moral » à faire des enfants. C’est donc par simple égoïsme que je suis devenu père, ce qui m’a apporté le plus grand bonheur de ma vie.
Je parle bien d’un « risque moral », pas d’une certitude. Il y a en effet beaucoup de chances pour que faire des enfants soit une bonne action, mais on ne peut exclure totalement que cela en soit une mauvaise. Le fait de permettre à l’Humanité de se perpétuer ne me semble pas une raison suffisante pour attirer un enfant de plus sur cette terre de souffrance, avec la mort pour conclusion garantie. Celui qui souffre se fiche bien que sa mission en venant sur terre soit de perpétuer l’espèce. D’ailleurs, si l’Humanité disparaissait par manque de renouvellement, qui pourrait bien en souffrir individuellement ? Car c’est bien l’individu qui souffre, c’est bien le bonheur de l’individu qui compte. Pas le bonheur de l’espèce, qui n’est qu’une chose abstraite. Une espèce ne souffre pas.
Le dernier éléphant qui meurt souffre-t-il davantage d’être le dernier à mourir que les précédents qui ne l’étaient pas ?
Les Cathares autrefois, et les bouddhistes maintenant, pensent d’ailleurs ainsi.
Ce doute sur la question m’a toujours gêné, bien que je n’aie jamais eu de solution évidente au problème.
Mais l’on apprend à tout âge et être con toute sa vie ne condamne pas à continuer à l’être.
C’est ma petite-fille Virginie qui m’a ouvert les yeux. Merci à elle, qui sait emmener ses pensées hors des sentiers battus où nous nous entassons tous. Merci à elle d’être ainsi tellement meilleure que je n’ai su l’être.
Avant même d’avoir son premier enfant, Virginie s’est posé la question avec son mari. Elle a malgré tout porté un enfant, et tout s’est parfaitement passé.
Mais quand il s’est agi du second, Virginie nous a annoncé que, bien qu’en parfaite santé, elle et son mari préféraient adopter. Par conviction personnelle.
Dès qu’elle eut dit cela, tout s’est immédiatement imposé à moi.
Évidemment ! Si l’on peut avoir un doute quant à savoir s’il est bien de faire des enfants, il n’y en a aucun en cas d’adoption.
On a ainsi la joie d’aimer un enfant, sans qu’aucun doute moral ne puisse subsister.
Assurément, recueillir un enfant qui existe déjà, ce n’est pas en rajouter un sur terre !
Ceux qui croient à la valeur du sang détestent bien sûr cette solution. C’est donc une raison de plus pour la préférer !
Adopter un enfant, c’est reconnaître au sein de la famille une sorte de « droit du sol » et non un « droit du sang ». Quelle belle chose ! Quel progrès ! Quelle victoire sur la Nature et sur nos pulsions !
Fait-on des enfants pour transmettre ses gènes ou pour transmettre ses valeurs ? Toute la question est là !
Virginie a donc réalisé les démarches pour obtenir l’agrément, puis pour demander un enfant à la DASS. Elle se méfiait des filières à l’étranger, parfois douteuses, et préférait adopter un enfant en France.
L’attente a été beaucoup plus courte que nous le pensions tous. En réalité, bien qu’ayant demandé un enfant de n’importe quelle origine, le fait que son mari soit Noir a influencé le conseil de famille, qui souhaitait donner à un petit enfant noir une famille « compatible ». Bien que je trouve la chose discutable (sans plus), cela lui a permis d’avoir un enfant rapidement, c’est-à-dire en moins de 3 ans je crois. Car les enfants noirs, paraît-il, sont trois fois moins demandés par les familles. Incroyable, n’est-ce pas ?
Je suis donc l’heureux arrière-grand-père de quelques petits enfants de toutes les couleurs.
Si j’avais perdu la vie en combattant les Nazis, je n’aurais pas eu de descendance… et ma petite-fille n’aurait jamais pu donner cette merveilleuse réponse à leur idéologie infernale.
Nier la primauté du sang pour y substituer celle des valeurs et de l’amour, n’est-ce pas la plus belle façon de vaincre notre animalité pour devenir humain ?
Peut-être faudra-t-il y penser pour notre République…
Merci Virginie.
(P.S. : toute ma famille ne souhaitant pas « subir » les conséquences du blog du Papy, j’ai changé le prénom de « Virginie » et je ferai dorénavant de même pour tous les autres. Je m’efforcerai également, à leur demande, de ne pas faire apparaître ici d’éléments permettant d’identifier notre famille. C’est sans doute dommage, mais ma liberté de m’exprimer sur tous les sujets n’en sera finalement que renforcée ! Et j’en profiterai, soyez-en sûrs !)
