Il n’y a sans doute qu’un seule chose qui soit pire que la guerre : c’est l’aliénation de l’Homme.
Ceux qui affirment que rien ne vaut une guerre, qu’elle n’est jamais la solution, n’ont jamais ouvert un livre d’histoire… ou n’ont jamais écouté leurs grands-parents !
Dans les années 30, la France se souvenait de la grande guerre. Le Président Daladier, dans ses discours, parlait de « la paix à tout prix ». C’est lui qui se félicitait, au retour de Münich, que la France n’ait pas fâché Hitler. Puis Hitler n’a pas respecté sa parole et a attaqué Dantzig, en Pologne. Aucun Français ne voulait « mourir pour Dantzig » et la France a réagi sans grande conviction. D’ailleurs, qui se souvient que, pendant que l’armée allemande était massée à l’Est, vers la Pologne, nos soldats ont pu avancer de plusieurs dizaines de kilomètres en Allemagne sans rencontrer de résistance ? Autre occasion manquée de battre Hitler avant l’embrasement général, nos soldats ont été rappelés en urgence : il ne fallait pas fâcher Hitler, ne pas le provoquer, préserver les chances de paix.
L’Histoire nous l’a montré : le seul moyen d’éviter la guerre mondiale aurait été de prendre les armes plus tôt, au lieu de repousser l’échéance à chaque étape, pourtant inacceptable. Quand l’Allemagne s’est réarmée malgré les traités, quand elle a attaqué les Sudètes, l’Autriche, puis la Pologne. Et pourquoi pas quand le régime Nazi a montré qui il était, et comment il traitait les Juifs d’Allemagne ?
Non, toutes les guerres ne sont pas la pire des choses, elles ne le sont que presque. Le pire, c’est de placer quelque chose au-dessus de l’Homme, ou de dire qu’un homme n’en vaut pas un autre.
Münich est devenu le symbole de la lâcheté. Mais on pourrait aussi parler de Srebrenica… Ou de ceux qui détournent leur regard quand ils assistent à une agression dans la rue.
Sans la lâcheté de l’Europe, je n’aurais peut-être pas dû faire la guerre. Mais j’ai dû la faire. Il ne m’était pas possible de ne pas la faire. Être un homme était à ce prix, exorbitant.
Tous les morts de la guerre, des millions de gens, des milliers d’enfants, de leurs yeux qui ne cillent pas, regardent Daladier pour l’éternité.
Mais pourquoi Hitler ne nous a-t-il pas fait peur ? Car Hitler, à l’époque, n’était pas vraiment vu comme le diable.
Pourquoi le fascisme a-t-il pu enfler ainsi en Europe ? Car il n’y a pas eu seulement Hitler. Il y a eu Mussolini, et Franco avec la guerre d’Espagne, prélude de l’autre guerre, avec les Fascistes d’un côté (Franquistes, Nazis et Fascistes italiens) et les Républicains de l’autre (ceux qui seront ensuite les Alliés). En France, on oublie que les Croix de Feu se battaient dans les rues contre les communistes. Ces gens-là admiraient Hitler.
Ce qui faisait peur, à l’époque, c’était le communisme et Staline. Les gauches européennes, dans de nombreux pays, s’alliaient, socialistes et communistes ensemble. Et c’est à cause de cette peur de voir le communisme gagner toute l’Europe que la droite s’est radicalisée, et qu’elle s’est mise à voir en Hitler un rempart alors qu’il était un cancer.
La terreur que nous inspirait un fascisme nous a poussés dans les bras d’un autre.
Et ce sont les Américains, ne l’oublions pas, qui ont dû nous sauver. Ils sont venus rétablir la primauté de l’Homme sur les systèmes et les idéologies. Ils ont anéanti le Nazisme, puis le communisme, deux systèmes qui réduisaient l’Homme à l’état de jouet d’une idéologie et décidaient à sa place de son destin.
À Srebrenica, alors que les Serbes s’amusaient de nos discussions diplomatiques interminables, alors qu’ils avançaient inexorablement, déchirant traité après promesse, humiliant l’ONU et les démocraties, nous avons encore une fois pensé que la guerre est la pire des choses. Et le pire est arrivé., dont nous portons la responsabilité devant l’Humanité.
Il a encore fallu que les Américains, excédés par nos tergiversations, finissent par bombarder l’armée serbe pour que ce nationalisme cruel recule et que cesse enfin la succession des massacres.
Il y a pire que faire la guerre trop tôt : c’est de la faire trop tard.
Récemment encore, il n’y avait que les Américains pour réclamer une intervention militaire au Darfour. L’Europe s’y opposait, préférant la voie de la diplomatie. L’ONU s’est enfin décidé, mais les jours passent, et quelqu’un les paie.
J’ai haï la guerre, mais j’ai haï encore plus ceux qui l’avaient laissée grandir. Eteindre un petit feu, c’est autre chose que lutter contre un incendie. Chaque jour fut atroce. Les pentes de Monte Casino ont broyé ma jeunesse, chaque mètre gagné a tant coûté de vies.
Mais il ne fallait pas fâcher Hitler.
Aujourd’hui, le monde entier a peur d’un nouveau fascisme : l’islamisme. Lui aussi pousse sur l’humiliation de populations miséreuses et revanchardes. Lui aussi veut soumettre l’Homme à une idéologie, le réduire à l’état de sujet, stopper sa recherche de la Vérité. Les islamistes veulent éteindre les Lumières, à leur tour. On voit à nouveau des fous brûler des livres, imposer leur idéologie par la terreur, faire un tri entre les bien-pensants et les mal-pensants. Tous les fascismes brûlent les livres pour n’en garder qu’un, qu’il soit Mein Kampf, Le Capital, Le Petit Livre Rouge ou Le Coran.
Mais prenons garde à nos penchants.
Je vois aussi, au fur et à mesure que les turbans avancent, l’extrême-droite monter en Europe.
Et je vois, une fois de plus, les Américains seuls à faire la guerre à temps, au nom de la démocratie. Oublions les idées simples : il n’y avait pas de pétrole à Utah Beach en 1944, pas plus qu’il n’y en a au Darfour ou qu’il n’y en avait à Srebrenica !
Abattre Saddam Hussein n’était pas injuste, mais malhabile et dangereux. Ne condamnons pas les intentions, mais discutons de la méthode.
J’ai même entendu, en France, certains souhaiter la défaite des Américains ! Ceux qui pensent ainsi pensent comme Le Pen.
Le pacte germano-soviétique, qui a sidéré les droites européennes en 1939, l’a montré : les fascismes ont des intérêts communs. Des islamistes ont appelé, en France, à voter pour Le Pen.
Les fascismes ne nous laisseront jamais faire l’économie de la guerre, car ils s’en nourrissent. Tout ce que nous pouvons faire, c’est choisir le moment, le terrain et les armes avant qu’ils ne le fassent eux-mêmes.
J’ai fait une guerre atroce pour les enfants à venir, en ne pensant qu’à eux, et j’y aurais donné ma vie, comme ceux qui sont tombés. C’est à ce prix que les enfants n’ont pas eu à la faire.
Et j’ai dû le faire parce que d’autres n’ont pas voulu le faire avant.
Notre honneur et notre devoir vis-à-vis de nos enfants est de bien suivre cette fragile ligne de crête, la seule qui préserve l’Homme de tomber d’un côté comme de l’autre. Cette ligne est fine et exige de la vigilance. À trop craindre de tomber à droite, on tombe vite à gauche, et le résultat est alors le même.
Le chemin est étroit, mais l’erreur nous coûterait cher. Nous avons une torche à transmettre à nos enfants, la lumière de l’Humanité, et la moindre chute lui serait fatale.
S’il vous plaît, promettez-moi juste d’y penser dimanche, quand vous accomplirez ce geste merveilleux et si fragile au bureau de vote.
Et ne me promettez rien de plus.