le blog de Firmin

30.4.07

On verra plus tard !

Mon arrière-petite-fille, 3 ans, toute mignonne, est venue à mon anniversaire avec un joli petit chapeau.

Papy Firmin lui a donc dit :
« Comme il est joli, ton chapeau ! Tu me le prêtes ? »
Joli petit rire d'enfant :
« Ben non, Papy, c'est pour les enfants. Toi t'es un grand, tu peux pas ! »
Papy Firmin a pris un air tout triste...
Elle aime pas ça, ma mignonne, quand son Papy Firmin est triste.
« Ben, si tu veux, je te le prêterai quand tu seras petit ! »

Et il y a encore des gens qui ne veulent pas « perdre leur temps » à écouter les petits...

18.4.07

D’un fascisme à l’autre

Il n’y a sans doute qu’un seule chose qui soit pire que la guerre : c’est l’aliénation de l’Homme.
Ceux qui affirment que rien ne vaut une guerre, qu’elle n’est jamais la solution, n’ont jamais ouvert un livre d’histoire… ou n’ont jamais écouté leurs grands-parents !
Dans les années 30, la France se souvenait de la grande guerre. Le Président Daladier, dans ses discours, parlait de « la paix à tout prix ». C’est lui qui se félicitait, au retour de Münich, que la France n’ait pas fâché Hitler. Puis Hitler n’a pas respecté sa parole et a attaqué Dantzig, en Pologne. Aucun Français ne voulait « mourir pour Dantzig » et la France a réagi sans grande conviction. D’ailleurs, qui se souvient que, pendant que l’armée allemande était massée à l’Est, vers la Pologne, nos soldats ont pu avancer de plusieurs dizaines de kilomètres en Allemagne sans rencontrer de résistance ? Autre occasion manquée de battre Hitler avant l’embrasement général, nos soldats ont été rappelés en urgence : il ne fallait pas fâcher Hitler, ne pas le provoquer, préserver les chances de paix.
L’Histoire nous l’a montré : le seul moyen d’éviter la guerre mondiale aurait été de prendre les armes plus tôt, au lieu de repousser l’échéance à chaque étape, pourtant inacceptable. Quand l’Allemagne s’est réarmée malgré les traités, quand elle a attaqué les Sudètes, l’Autriche, puis la Pologne. Et pourquoi pas quand le régime Nazi a montré qui il était, et comment il traitait les Juifs d’Allemagne ?
Non, toutes les guerres ne sont pas la pire des choses, elles ne le sont que presque. Le pire, c’est de placer quelque chose au-dessus de l’Homme, ou de dire qu’un homme n’en vaut pas un autre.
Münich est devenu le symbole de la lâcheté. Mais on pourrait aussi parler de Srebrenica… Ou de ceux qui détournent leur regard quand ils assistent à une agression dans la rue.
Sans la lâcheté de l’Europe, je n’aurais peut-être pas dû faire la guerre. Mais j’ai dû la faire. Il ne m’était pas possible de ne pas la faire. Être un homme était à ce prix, exorbitant.
Tous les morts de la guerre, des millions de gens, des milliers d’enfants, de leurs yeux qui ne cillent pas, regardent Daladier pour l’éternité.

Mais pourquoi Hitler ne nous a-t-il pas fait peur ? Car Hitler, à l’époque, n’était pas vraiment vu comme le diable.
Pourquoi le fascisme a-t-il pu enfler ainsi en Europe ? Car il n’y a pas eu seulement Hitler. Il y a eu Mussolini, et Franco avec la guerre d’Espagne, prélude de l’autre guerre, avec les Fascistes d’un côté (Franquistes, Nazis et Fascistes italiens) et les Républicains de l’autre (ceux qui seront ensuite les Alliés). En France, on oublie que les Croix de Feu se battaient dans les rues contre les communistes. Ces gens-là admiraient Hitler.
Ce qui faisait peur, à l’époque, c’était le communisme et Staline. Les gauches européennes, dans de nombreux pays, s’alliaient, socialistes et communistes ensemble. Et c’est à cause de cette peur de voir le communisme gagner toute l’Europe que la droite s’est radicalisée, et qu’elle s’est mise à voir en Hitler un rempart alors qu’il était un cancer.
La terreur que nous inspirait un fascisme nous a poussés dans les bras d’un autre.

Et ce sont les Américains, ne l’oublions pas, qui ont dû nous sauver. Ils sont venus rétablir la primauté de l’Homme sur les systèmes et les idéologies. Ils ont anéanti le Nazisme, puis le communisme, deux systèmes qui réduisaient l’Homme à l’état de jouet d’une idéologie et décidaient à sa place de son destin.

À Srebrenica, alors que les Serbes s’amusaient de nos discussions diplomatiques interminables, alors qu’ils avançaient inexorablement, déchirant traité après promesse, humiliant l’ONU et les démocraties, nous avons encore une fois pensé que la guerre est la pire des choses. Et le pire est arrivé., dont nous portons la responsabilité devant l’Humanité.
Il a encore fallu que les Américains, excédés par nos tergiversations, finissent par bombarder l’armée serbe pour que ce nationalisme cruel recule et que cesse enfin la succession des massacres.
Il y a pire que faire la guerre trop tôt : c’est de la faire trop tard.
Récemment encore, il n’y avait que les Américains pour réclamer une intervention militaire au Darfour. L’Europe s’y opposait, préférant la voie de la diplomatie. L’ONU s’est enfin décidé, mais les jours passent, et quelqu’un les paie.

J’ai haï la guerre, mais j’ai haï encore plus ceux qui l’avaient laissée grandir. Eteindre un petit feu, c’est autre chose que lutter contre un incendie. Chaque jour fut atroce. Les pentes de Monte Casino ont broyé ma jeunesse, chaque mètre gagné a tant coûté de vies.

Mais il ne fallait pas fâcher Hitler.

Aujourd’hui, le monde entier a peur d’un nouveau fascisme : l’islamisme. Lui aussi pousse sur l’humiliation de populations miséreuses et revanchardes. Lui aussi veut soumettre l’Homme à une idéologie, le réduire à l’état de sujet, stopper sa recherche de la Vérité. Les islamistes veulent éteindre les Lumières, à leur tour. On voit à nouveau des fous brûler des livres, imposer leur idéologie par la terreur, faire un tri entre les bien-pensants et les mal-pensants. Tous les fascismes brûlent les livres pour n’en garder qu’un, qu’il soit Mein Kampf, Le Capital, Le Petit Livre Rouge ou Le Coran.

Mais prenons garde à nos penchants.
Je vois aussi, au fur et à mesure que les turbans avancent, l’extrême-droite monter en Europe.
Et je vois, une fois de plus, les Américains seuls à faire la guerre à temps, au nom de la démocratie. Oublions les idées simples : il n’y avait pas de pétrole à Utah Beach en 1944, pas plus qu’il n’y en a au Darfour ou qu’il n’y en avait à Srebrenica !
Abattre Saddam Hussein n’était pas injuste, mais malhabile et dangereux. Ne condamnons pas les intentions, mais discutons de la méthode.
J’ai même entendu, en France, certains souhaiter la défaite des Américains ! Ceux qui pensent ainsi pensent comme Le Pen.
Le pacte germano-soviétique, qui a sidéré les droites européennes en 1939, l’a montré : les fascismes ont des intérêts communs. Des islamistes ont appelé, en France, à voter pour Le Pen.

Les fascismes ne nous laisseront jamais faire l’économie de la guerre, car ils s’en nourrissent. Tout ce que nous pouvons faire, c’est choisir le moment, le terrain et les armes avant qu’ils ne le fassent eux-mêmes.
J’ai fait une guerre atroce pour les enfants à venir, en ne pensant qu’à eux, et j’y aurais donné ma vie, comme ceux qui sont tombés. C’est à ce prix que les enfants n’ont pas eu à la faire.
Et j’ai dû le faire parce que d’autres n’ont pas voulu le faire avant.

Notre honneur et notre devoir vis-à-vis de nos enfants est de bien suivre cette fragile ligne de crête, la seule qui préserve l’Homme de tomber d’un côté comme de l’autre. Cette ligne est fine et exige de la vigilance. À trop craindre de tomber à droite, on tombe vite à gauche, et le résultat est alors le même.
Le chemin est étroit, mais l’erreur nous coûterait cher. Nous avons une torche à transmettre à nos enfants, la lumière de l’Humanité, et la moindre chute lui serait fatale.

S’il vous plaît, promettez-moi juste d’y penser dimanche, quand vous accomplirez ce geste merveilleux et si fragile au bureau de vote.

Et ne me promettez rien de plus.

15.4.07

85 ! ! !

Je m’en souviendrai, de mes 85 ans !
Toute la famille, ou presque, est venue. Et des amis, aussi…

Je suis du 20 mars. La fin de l’hiver.

85 ans, et un hiver de plus de franchi. Mais franchement, ce n’est pas le but du jeu. Un de plus ou un de moins, ça change quoi ?
Ceux qui m’aiment ? Aujourd’hui ou demain, il faudra qu’ils se fassent une raison. Un Papy n’est pas éternel, et apprendre à vivre sans les auteurs de nos jours fait partie des grands enseignements de la vie. Je m’en voudrais d’en priver les miens et je veillerai donc bien à ne pas être toujours là.
Le seul intérêt qui reste à vivre chaque jour qui passe ne tient qu’à une chose : transmettre aux plus petits, leur passer la torche, l’étincelle. Il faut s’efforcer d’être l’exemple d’une pensée libre, du courage de faire ce qui est juste, quoi qu’il en coûte. Car ceux qui ont vu la liberté une fois dans leur vie ne l’oublient pas. Les autres, ne sachant pas qu’elle existe, peuvent passer leur vie à chercher vainement ce qu’ils doivent construire.

Ma mère était catholique, très pratiquante. J’ai connu le catéchisme, l’école privée et la messe. Mais mon père bouffait du curé, même s’il avait pour consigne de le faire discrètement devant les enfants ! Cette simple ouverture, qui prouvait que l’on pouvait penser autre chose, m’a permis d’être libre, de me reconnaître le droit de choisir ma propre voie, ma propre croyance.

Il faut montrer aux enfants.

Ils étaient tous là, et leur cadeau trônait au milieu du séjour. Vous ne devinerez jamais !

Ils m’ont offert un… ordinateur. Ils l’avaient installé en secret, pendant que j’étais au jardin avec les petits. Quand je suis arrivé, le blog était à l’écran.
Vous savez que je n’avais jamais vu à quoi il ressemblait ? Nicolas me donne juste les textes sur du papier, et je peux ainsi les lire et les corriger. Mais je ne savais même pas que le blog était vert !

Ils ont essayé de me montrer comment me servir de tout ça (les jeunes ne doutent de rien !), et j’ai rapidement décidé de ne m’en servir que pour lire le blog. Faire autre chose ne sera peut-être jamais à ma portée, nous verrons bien.

Vous savez quoi ? Pour les emmerder (les vieux, ça sert aussi à ça), je leur avais préparé un discours. Je l’ai lu à table, et je me suis fait un plaisir d’en rajouter autant que je pouvais en tremblant. Quand on tient une feuille, les tremblements paraissent encore plus fort, et on ose encore moins interrompre celui qui lit, parce qu’on voit bien que c’est un vieux.
J’adore ça.

Alors, comme il n’y a pas de raison pour que vous y échappiez, je vous le lis également . Ça s’appelle : « un jour », et c’était juste avant la tarte aux pommes.

« Mes chers enfants,

Mon grand-père me disait un jour en me voyant en culottes courtes qu’il lui semblait que son enfance était encore toute proche. C’était hier qu’il était, comme moi, assis à la table avec les pieds pendants à écouter son grand-père lui raconter sa vie.
Aujourd’hui, je ressens la même chose à mon tour. À mon tour, j’ai fait le chemin de la vie.
Un jour, vous ressentirez cela aussi, et vous petits-enfants seront assis, à attendre la tarte aux pommes. Leurs pieds ne toucheront pas par terre et ils auront de grands yeux.
Vous serez alors vieux à votre tour et j’espère que vous serez de bons vieux.

J’espère que vous aurez fait votre possible pour que les choses aient encore un peu avancé.
J’espère que vous serez un peu plus libres que moi, qui le suis déjà tellement plus que mon grand-père.
Ce qui vous aura libéré, c’est la science, sans doute, la technologie sûrement, mais surtout votre constance à penser par vous-mêmes, votre insistance à questionner vos maîtres jusqu’à ce qu’ils ne sachent plus répondre. Vous serez libres et je vous paraîtrai, à vous hommes et femmes du futur, incroyablement primitif, avec mes croyances, mes superstitions, mes tabous, mes limites, mes obéissances à mon temps.

Un jour, vous serez vieux et vous regarderez ce que vous laissez à vos petits-enfants. Vous mesurerez en quoi vous avez contribué à les libérer de l’obscurité, de l’ignorance dont nous sortons à peine.

Car un jour, la couleur de la peau sera vraiment considérée pour ce qu’elle est : rien de plus que celle des cheveux.

Un jour, la démocratie ne sera plus une simple étincelle, mais couvrira toute la Terre.

Un jour, nous saurons si Dieu existe. Nous saurons même le combattre s’il est mauvais, ou le dépasser s’il est bon.

Un jour, notre société sera vraiment régie par la seule chose juste : la Loi démocratique.

Un jour, la religion sera seulement une affaire d’adultes, et les enfants seront enfin protégés des baptiseurs et autres circonciseurs.

Un jour, on ne mourra que lorsque l’on y sera prêt, et on ne sera plus jamais veuf.

Un jour, ce qui sépare les hommes et empêche l’amour aura disparu. »

Et puis je vous les ai plantés là-dessus.

Ce qui m’a bien plu, c’est mon arrière-petit-fils qui a passé tout le temps où je parlais, au lieu d’écouter (il a 6 ans), à faire des « prouts » en calant sa main sous son bras.
C’est son grand truc, en ce moment.

Et il en a fait un à la fin de mon discours, pile au bon moment.

J’adore les enfants, on n’a jamais rien inventé de mieux.

Je vais bien

Pardon de vous avoir laissés vous inquiéter, mais ce grand benêt de Nicolas prend parfois des vacances. Et, comme tous les jeunes, dès qu’il part (surtout s’il ne part pas seul) il oublie tout le monde.
C’est à peine si j’ai eu droit à une carte postale, et j’ai encore de la chance puisqu’il vous a carrément laissés tomber.
Et ce n’est sans doute pas en laissant Firmin aux commandes du blog, avec mes connaissances en informatique, que vous risquiez d’avoir des nouvelles !

Donc, soyez rassurés, je ne vais pas trop mal et je sens même que je vais vous embêter un hiver de plus !

La vie est beaucoup plus longue qu’on le dit… surtout vers la fin.