le blog de Firmin

29.7.07

Des livres pour y croire encore...

Grande discussion avant les vacances avec Nicolas.
Quels livres a-t-il aimés ? Quels sont ceux qui représentent quelque chose dans son parcours ?

Nous avons tous des lectures qui nous ont marqués, des livres qui sont pour nous comme des pierres qui jalonnent notre chemin de vie.
Souvent, ce n'est pas qu'ils nous aient montré le chemin. Je crois plutôt qu'ils nous ont en général révélé à nous-mêmes. Les livres que l'on dévore et que l'on relit encore ensuite ne sont pas les mêmes que ceux des autres. Un livre devient magique parce qu'il fait écho à quelque chose que l'on n'avait pas su exprimer, quelque chose qui dormait en nous.

À ce titre, les livres sont des révélateurs de notre humanité. Ils font plus que transmettre.
Les livres font oeuvre pédagogique, car ils vous disent qui vous êtes, en vous aidant à construire une vision du monde qui vous convient.

J'ai, en ce qui me concerne, été conquis par tous les romans de Giono. Je vous en parlerait peut-être une autre fois, tant ils m'ont marqué.

Mais la discussion que nous avons eue sur ce sujet avec Nicolas lui a fait prendre conscience d'une belle chose.
Il n'avait pas réalisé combien tous les livres qui l'avaient touché avaient un point commun.
Ce point commun, c'est l'utopie. Et je dois dire que cela me va bien aussi.

Nous créons donc une petite rubrique dans la colonne de droite avec ces livres, car cette liste pourrait, comme le générique du blog, l'illustrer parfaitement.
Cette solide utopie, qui est peut-être ce qui nous relie, Nicolas et moi. Cette foi déraisonnable dans le sens des choses qui est une part de mon héritage.

Prenons-les donc un par un :

Tout d'abord, ce magnifique Petit Prince , dont l'édition illustrée trône dans toutes les familles de France, sorte de petite étincelle humaniste qui éclaire chaque foyer et inspire aujourd'hui encore tant de destins de petits Hommes.

Puis le récent succès de Gaston Kelman : Je suis noir et je n'aime pas le manioc.
Un excellent essai, provocateur dans le meilleur sens du terme, contre le communautarisme et le racisme. Ce livre a choqué les conscience bien-pensantes en dénichant le racisme là où personne ne voulait le voir : dans le communautarisme et le refus de l'intégration. Ce livre restera une oeuvre marquante de ces dernières années, il fera date. Il fut un des premiers à rappeler que l'identité d'un homme n'est ni dans ses origines, ni dans sa peau, ni dans ses gènes. Mais bien plutôt dans ses idées et dans ses actes.

Ensuite, un roman peu connu et devenu difficile à trouver, La République selon Malik.
Ce roman a raflé 3 prix littéraires dès sa sortie. Il parlait de l'intégration et de la République à une époque où ces sujets étaient presque tabous. Sorti deux mois avant avril 2002, les événements sont venus en échos aux paroles poignantes de son héros, le jeune Malik, amoureux de République comme son père Kabyle et perdu dans une France qui oublie ses propres valeurs. Et une écriture qui met le rire et les larmes au bord des lèvres à chaque ligne.

Puis Sous le signe du lien, fameux essai de Boris Cyrulnik, et parce qu'il fallait bien en chosir un ! Tous les livres de cet auteur sont recommandables, car ils réconcilient science et sens. Il explique que l'amour est à la fois affaire de sentiments et de molécules, et que cela n'y change rien. Il montre comment on peut mesurer la réalité avec une règle, comme je le dis toujours, tout en gardant l'émerveillement qui nous fait Hommes.

Surtout, deux livres d'Howard Buten, l'auteur de « Quand j'avais cinq ans, je m'ai tué » : Il faudra bien te couvrir et Monsieur Butterfly.
Les deux sont impossibles à décrire. Le premier est une des plus belles histoires que l'on puisse imaginer, celle d'un papa qui a promis à son enfant qui allait mourir que le Père Noël « pourrait exister ». S'ensuit une aventure humaine, dans le plus beau sens du mot. Et le second raconte la vie d'une famille étrange, constituée par un Papa bizarre qui rassemble les enfants handicapés physiques et mentaux les plus divers pour vivre ensemble, comme un Cour des Miracles moderne.
Tout cela avec l'infinie sensibilité d'Howard Buten et son accès si naturel à la naïveté de l'âme d'enfant qui reste au coeur de tous les hommes.

Enfin, puisqu'il est possible de le réserver dès maintenant en langue française, le dernier Harry Potter et les reliques de la mort, mais aussi en version anglaise. Il sortira à la fin de l'année.
Harry Potter est un phénomène littéraire plus important que tout ce qui a été connu auparavant. Il dépasse complètement le monde prétentieux de ceux qui savent et qui critiquent, de ceux qui lisent ces romans froids et sophistiqués dont le Tout-Paris se gauberge. Harry Potter n'est pas seulement un succès populaire, c'est aussi une oeuvre construite, solide et magistrale. Son succès est mérité et rappelle au monde littéraire combien il se coupe lui-même du monde réel.
Harry Potter montre que ceux que les éditeurs ont longtemps méprisés peuvent dévorer des centaines de pages de textes bien écrits, pour peu qu'on sache les intéresser.
On criera au marketing, bien sûr, mais pourquoi d'autres ne le font-ils pas ?
Le peuple sait reconnaître la qualité, dès lors que l'on accepte enfin de lui en proposer.

Ces livres « utopistes » devraient, je le pense, plaire à ceux qui aiment notre blog.

La mort, c'est de ne plus croire en rien.
Et certains livres la font reculer.

Bonne lecture à tous !

11.7.07

Les gros mots

Je ne vous ai encore jamais dit mon plus gros défaut.

J'aime les gros mots. J'ai une très grande affection pour eux. Depuis toujours.

Quand j'étais en culotte courte, mes copains et moi adorions dire des gros mots en cachette. Les grands étaient si bêtes de s'offusquer pour ce qui n'était, après tout, que des mots rigolos et sans conséquence.
Je pense que nous avions raison de penser qu'un gros mot ne fait pas de mal. Un coup de poing fait du mal, une insulte éventuellement aussi, une humiliation également... mais un bon vieux « merde » ou même « trou du cul », franchement, ça n'a jamais causé le moindre préjudice à qui que ce soit.

J'aimais déjà, je pense, remettre en cause les évidences, les choses sur lesquelles tout le monde est d'accord sans s'être jamais demandé pourquoi.
J'ai toujours considéré qu'un gamin qui demandait pourquoi on ne doit pas mettre ses coudes sur la table méritait une autre réponse que : « c'est comme ça et puis c'est tout ! ». On n'éveille pas l'intelligence en la baillonnant, en interdisant de réfléchir dès le plus jeune âge.
Bon sang, mais c'est vrai ! Pourquoi ne faut-il pas mettre ses coudes sur la table ? Tant qu'on ne m'aura pas donné une réponse satisfaisante, je n'obéirai pas. Si c'est la loi, qu'on me le dise et je m'inclinerai. Si c'est parce que tu as peur de l'avis des voisins, alors laisse-moi les mettre sur la table à la maison quand ils ne nous voient pas. Mais qu'on ait assez d'estime pour mon jugement pour me donner une raison.
Les enfants ont raison de nous demander pourquoi. Car parfois, on ne sait pas leur répondre, et on abandonne ainsi des traditions idiotes que l'on respecte non pas parce qu'elles sont justifiées, mais juste parce qu'on les a héritées.

Les enfants ont raison d'aimer les gros mots. Ils ont raison de rire de nous qui nous offusquons d'un rien.

Mais un jour, mes petits copains ont grandi. Et, comme par magie, sans que j'aie compris pourquoi, ils se sont mis à haïr les gros mots comme leurs parents le faisaient. Ils se sont mis à interdire à leurs enfants de les dire, à leur tour.
Par mimétisme, sans doute.

Personnellement, quand j'ai eu des enfants, j'ai réfléchi à la question. Me retenir de dire des gros devant mes gosses me coûtait un effort sur moi-même, et je voulais une bonne raison.

Pourquoi ne dit-on pas de gros mots devant les enfants ? La réponse est simple si on interroge les parents : pour éviter qu'ils ne les répètent ! Moi qui prône l'exemplarité dans l'éducation, me voilà donc pris à mon propre piège.
Mais, à bien y réfléchir, pas tant que ça...
Si l'on s'abstient de dire des gros mots devant les enfants pour qu'ils ne les répètent pas, c'est qu'on pense qu'ils répèteront inévitablement ce qu'ils entendent. Mais alors, c'est une bataille perdue d'avance, car ils en entendront inévitablement, et tous les efforts des parents qui se retiennent seront bien vains ! Le premier gros mot entendu à l'école sera répété à l'envi !
Ne serait-il pas plus intelligent, plus adulte de dire : « les gros mots existent, ils font partie de la vie et une personne qui ne les connaîtrait pas serait anormale. En revanche, ces gros mots ont un mode d'emploi et celui qui ne le connaîtrait pas serait totalement rejeté socialement ».

La vérité est alors toute différente : il ne s'agit plus de faire croire que les gros mots n'existent pas, ni que nous-mêmes n'en disons jamais, car c'est un mensonge et cela ne mène pas nos enfants à comprendre la vie réelle.
Par contre, il s'agit de leur en apprendre le mode d'emploi. Car vos enfants ne diront pas de gros mots s'ils les connaissent et savent dans quelles conditions ils s'emploient.

J'ai donc toujours appris à mes enfants des listes entières de gros mots. Nous le faisions à l'oreille, pour que Maman n'entende pas. Parce que « Papa aime bien les gros mots dans l'oreille, mais Maman les déteste complètement, comme la plupart des gens ». Je leur apprenais que les gens les jugeraient mal s'ils les entendaient les prononcer, et que leur emploi devait se limiter à nos soirées de rigolade, dans l'oreille de Papa.
Ainsi, mes enfants n'ont jamais dit de gros mot devant qui que ce soit. Y compris par inadvertance, car ils les connaissaient. Ils étaient même particulièrement choqués d'entendre leurs petits camarades les crier à haute voix à l'école, puisqu'ils savaient que cela ne se faisait pas.

Mes enfants ont su très tôt ce qu'était une couille, un cul, une merde et un connard. Mais ils ont appris à chaque fois le mot correct qui devait être dit en lieu et place de ces mots-là. Ils ont toujours été prévenus de ce qu'ils allaient rencontrer au-dehors.

Ne demandons pas aux enfants de comprendre le monde alors que nous refusons de leur donner toutes les pièces du puzzle. Simplifier les choses complexes n'aide jamais à les comprendre, car il manque alors des éléments. Simplifier, c'est l'échec du pédagogue. La pédagogie, c'est justement l'art de donner accès à une chose complexe, c'est de permettre de comprendre les choses telles qu'elles sont.

Ne demandons pas aux enfants de savoir se défendre contre la drogue en ne leur en parlant jamais, en cachant son existence. Ne faisons pas de nos enfants de pauvres petites bêtes fragiles qui seront désemparées dès qu'elles rencontreront un danger dont personne ne leur a parlé. Parlons-leur de l'amour, de la haine, des sexualités, de la maladie et des larmes de joie, parlons-leur de la guerre, des armes et des dangers qui font du monde ce monde dans lequel leur humanité doit s'épanouir, belle parce que triomphante de tout cela. Triomphante peut-être grâce à tout cela.

Les gros mots sont comme la crasse, comme la drogue, comme la méchanceté, comme la violence et la jalousie. Les gros mots sont comme la mort. Les nier ne sert qu'à construire dans la tête de nos enfants un monde que nous croyons idéal car « arrangé », alors qu'il n'est qu'inhumain.

Rejeter le monde parce qu'il est imparfait, ce serait rejeter un homme et ses idées parce qu'il les exprime avec des gros mots.
Je préfère un type qui dit « qu'avoir des couilles c'est faire ce qui est juste » que ceux qui n'osent même plus dire qu'ils ont un problème et préfèrent parler pudiquement de « souci ».
Avoir peur des mots, c'est la première des lâchetés.
Il y a des pudeurs qui tuent, des pudibonderies qui font un mal infini. Et notre époque est beaucoup plus pudibonde que vous ne le croyez.

J'aime les gros mots parce qu'ils se disent à l'oreille d'un papa ou d'un copain, et parce qu'ils font peur aux grands qui n'y comprennent rien.
J'aime les gros mots parce qu'ils font plus de peur que de mal.

Je les aime parce qu'ils sont aujourd'hui un magnifique moyen de complicité avec mes arrière petits-enfants, qui viennent aujourd'hui, comme mes gamins il y a 50 ans, courir à mes oreilles me répéter secrètement leur moisson du jour, celle qu'ils ont ramenée précieusement de la cour de récréation où leurs vies d'Hommes se construisent.

9.7.07

Ce que nous avons semé.

Semez des graines.
Que vous les voyiez pousser ou non, ce n'est jamais du temps perdu. Les idées font leur chemin. Comme les graines, elles n'attendent peut-être patiemment que la pluie pour pousser, quand le semeur est déjà loin.

C'était un des arguments de Nicolas face à mes réticences, d'abord à écrire un livre, puis, face à mon refus, à ouvrir ce blog.
Force m'est de reconnaître que Nicolas avait raison. Je lis vos commentaires et certains, parmi les derniers, m'ont fait particulièrement chaud au cœur. Nombre d'entre vous sont allés à la rencontre de leurs aînés. Si c'est grâce à ce blog, alors il aura permis qu'il y ait quelques grammes d'humanité de plus sur Terre qu'avant son existence. Et il aura donc été chose utile.

Une autre récompense éclatante, c'est l'histoire de ce Papa Poule.

Il y a quelques semaines, nous avons en effet reçu un commentaire un peu particulier.
Son auteur nous demandait de ne pas le publier ; c'est parfois le cas lorsque certains lecteurs veulent seulement nous faire parvenir un message personnel.

Ce monsieur nous racontait sa vie et comment, ayant toujours tenté de faire les choix justes, contre les évidences et le regard des autres, il se reconnaissait dans nos textes.

Nous avons correspondu et un projet est né de ses conversations avec Nicolas (j'avoue que je m'efforce toujours de rester un peu en retrait). C'est aussi la raison pour laquelle Nicolas a été peu présent ces temps-ci.

Cet homme nous a dit s'être particulièrement reconnu dans notre billet : "Faire des enfants est-il moral ?"
Bien qu'ayant un premier fils « fait maison » (comme il dit), il a souhaité, avec son épouse, adopter le suivant. Il a abandonné son emploi pour élever son fils, puis pour être présent lorsque la DASS leur a annoncé qu'ils avaient été choisis pour devenir les parents d'une petite fille.
Il s'est avéré ensuite que cette enfant avait de sérieux problèmes de santé. Récemment, les médecins lui ont diagnostiqué une maladie orpheline, dont l'issue est souvent la cécité.
Rien ne leur a été épargné, du signalement à la DASS par des médecins imbéciles à la suspiscion des enseignants.
Envers et contre tout, malgré les regards accusateurs et les jugements péremptoires, cette famille se bat pour exister, face à une société qui ne comprend pas ses choix, trop justes pour être courants. Et nous savons tous qu'il ne fait pas bon sortir du troupeau, même en ayant raison.

Cette famille nous a demandé si Nicolas pouvait les aider à faire connaître leur histoire. Même si Nicolas manque maintenant de temps (vous l'avez constaté ici !), je l'ai incité à accepter. Car je pense que toutes les aventures humaines doivent être vécues, et celle-ci en est une.

Faire appel à Nicolas résout pour eux le problème de l'anonymat de leur fille et de toute la famille.

Un blog va donc bientôt naître. Il sera financé par de la publicité, contrairement au nôtre, pour que Nicolas n'en soit pas trop de sa poche. Il respectera la discrétion de cette famille, tout en partageant une histoire exemplaire et un quotidien courageux.

Le Papa réfléchit encore au titre, mais le blog démarrera sans doute avant la rentrée.
Cette nouvelle me réjouit et je suis comme un gamin qui attend Noël.
À mon âge, c'est rare d'avoir encore quelque chose devant soi, et c'est une impression étrange, celle du petit garçon pressé de se lever chaque matin pour aller poursuivre son jeu..

Quand j'ai créé ce blog-ci, je l'avoue, c'était surtout la relation avec Nicolas qui m'intéressait. J'y voyais un moyen de passer du temps avec mon petit-fils, et aussi de lui transmettre certaines choses, en faisant mine d'en parler à un public, auquel je ne croyais pas vraiment. Je n'imaginais pas une seconde, ignorant tout d'Internet, que nous allions construire quoi que ce soit.

Mais, comme en soufflant sur une tête de pissenlit, nous avons semé à tout vent. Les graines sont parties faire leur bonhomme de chemin, certaines dans le cœur de mon petit-fils, d'autres dans vos cœurs. Et vous êtes plus nombreux que je ne le croyais possible.

Une a déjà germé, qui pourra faire, je l'espère, d'autres graines sans moi.

Je vous tiendrai au courant, même si je m'absenterai quelque peu cet été.