Mes amis...
C'est une émotion forte pour un vieux bonhomme qui en a pourtant vu d'autres.
Vous connaissez ma méfiance envers tout ce qui peut ressembler à de la notoriété ou de l'idolâtrie.
Si les pots n'avaient pas d'étiquette, les gens goûteraient plus souvent à de bonnes choses qu'ils ne connaissent pas ! C'est ça qui est embêtant avec les idées. C'est qu'on les confond souvent avec la tête de celui qui les exprime.
C'est la raison pour laquelle j'ai à de multiples reprises désespéré Nicolas. Lui qui était contacté par des journalistes, la télévision, quelques éditeurs... j'ai toujours dit non. Moins nous aurons de visage, plus on verra nos idées.
Et puis, je suis tellement impressionné et étonné par ce que nous avons construit ensemble, comme une chose un peu utopique, que j'y vois beaucoup de fragilité.
Il suffirait d'un journaliste un peu pressé, d'un éditeur trop sensationnaliste, pour gâcher tout ça. Je ne le veux à aucun prix.
Comprenez-moi : vous êtes des centaines (des milliers certains jours), de tous âges, de tous milieux, à participer à ce blog. Certains lisent, d'autres laissent des commentaires, toujours pleins de réflexion, faisant ainsi mentir l'époque qui voudrait que l'Homme ne vive plus que d'argent et de télé.
Ah ! Ce commentaire d'un jeune garçon de 10 ans !
Et ce couple presque centenaire !
Le petit sondage que nous avions fait l'a montré : aucune tranche d'âge n'est plus représentée qu'une autre.
Et cet écart « politique » : de Manu à l'Alchimiste, tout ce monde côte à côte, seuls les extrêmistes n'ont pas trouvé place dans votre assemblée. Toutes opinions politiques confondues, tous âges ensembles, toutes religions mélangées, nous nous sommes reconnus dans quelques idées qui doivent faire avancer le monde : l'Homme au-dessus de tout.
L'Homme, sa liberté de conscience, son égalité profonde, sa fraternité si humaine.
La liberté qui dit que le seul vrai courage est de faire ce qui est juste, au-delà de le penser. Car le seul homme libre est celui qui se lève au milieu de la foule hurlante et dit qu'il ne lancera pas la pierre comme les autres, car il ne pense pas que ce soit juste. Cette liberté qui m'a fait partir, à vingt ans et de nuit, franchir la ligne de la liberté pour rejoindre ceux qui voulaient encore combattre l'infâme, l'obscurité, la soumission à une pensée et une seule. La liberté qui est si exigeante.
L'égalité qui dit que, « loin de me léser, mon frère, ta différence m'enrichit ». Cette égalité qui interdit de dire qu'un homme n'en vaut pas un autre. Cette fragile idée qui sans cesse est combattue par l'avidité des hommes à en dominer d'autres et à ne pas vivre ensemble. Cette belle idée qui justifie notre combat sans fin contre une Nature qui voudrait voir le plus fort réduire le faible à la crainte, à la fuite, à la soumission.
Et la fraternité, si mal comprise, elle qui rend pourtant possible la coexistence de la liberté et de l'égalité, tant l'une et l'autre voudraient s'opposer. Car l'impératif d'égalité impose de limiter la liberté de chacun, et seule la fraternité nous y résout.
C'est cette fraternité qui engendre la solidarité, la cohésion autour des plus faibles, elle qui fait de notre République une république pas comme les autres.
De droite et de gauche, je vous ai vus discuter, commenter ensemble et vous comprendre. Car nous parlions de la seule chose vraiment importante, sur laquelle les hommes et les femmes de bonne volonté sont d'accord : l'humanisme.
Vous m'avez prouvé ce à quoi je ne croyais plus, et cela n'a pas de prix. Merci.
J'ai été maire pendant 30 ans. Je n'étais ni de droite ni de gauche, mon village n'était qu'un village.
J'étais seulement celui qui voit naître, qui marie, et qui écrit les noms de ceux qui nous quittent dans le grand livre de la République.
J'étais celui qui réconcilie, qui rappelle les règles de vie commune, et qui décide de la répartition de la solidarité, à travers l'impôt et les dépenses. J'étais celui qui relie les gens.
J'étais aussi celui qui organise la mémoire. Les commémorations, dans un petit village, sont des moments forts, tant les noms écrits sur les stèles sont connus de tous.
Et puis j'allais voir les autres communes, pour décider ensemble des chantiers communs.
La liberté, l'égalité et la fraternité comme seuls impératifs, et puis la démocratie pour traduire ça dans des règles valables pour tous, sans discrimination.
La République et l'Humanisme, cela pourrait être simple si les passions ne nous emportaient pas, ne nous aveuglaient pas.
Les religions, les vérités révélées et absolues, les évidences, les tabous se mettent souvent en travers de notre route. Ils veulent nous empêcher de chercher toujours et encore ce qui serait plus juste, plus vrai. Ils tremblent lorsque nous saisissons notre règle pour aller mesurer vraiment la réalité, et la connaître nous-mêmes.
Je ne fais vraiment rien d'extraordinaire, vous savez. Je ne suis pas une personne extraordinaire, je vous interdis d'ailleurs de le croire. Je ne fais, avec le recul que m'apporte la tranquillité de mon âge, que vous rappeler les idées qui animaient le coeur des Républicains des origines.
La pensée des Lumières a fait naître quelque chose que le quotidien nous fait vite négliger. Son exigence se rappelle pourtant à nous chaque fois que renaît la bête immonde, celle dont le souffle a empuanté l'air de mes vingt ans.
Nous avons, en tuant des hommes, seulement fait reculer leurs idées. Mais, comme les fauves tapis prudemment à l'écart du feu de nos ancêtres, ces idées inhumaines attendent leur heure.
Ceux qui iront au-devant d'elles éviteront à leurs enfants la guerre que j'ai dû faire. Et les enfants sont tout.
Alors, il faut bouger. Rester humain est un combat permanent et mon âge ne m'en dispense pas.
Parmi les personnes qui ont contacté Nicolas depuis longtemps, il y a un écrivain. C'est le seul qui ne nous ait pas proposé de nous mettre en avant pour « faire un coup », mais vraiment de parler de nos idées.
Nous verrons bien, mais nous sommes plus ou moins d'accord, avec un éditeur qui a la réputation d'aimer les idées et les combats pas gagnés d'avance, pour faire naître une belle chose. Un livre sur l'humanité et sa transmission, qui ira au-delà du blog.
Nous faisons pour l'instant connaissance, et je m'assure surtout que nous nous soyons tous bien compris. Je ne suis pas tout jeune, et il faut aussi penser à ce que cette oeuvre puisse continuer sans moi.
Nous ne sommes que les maillons d'une chaîne qu'il ne faut pas rompre, depuis le tout premier homme qui a aimé dans sa grotte jusqu'à nos enfants qui découvriront des humains ailleurs, en passant par les inventeurs des Droits de l'Homme.
Vu le développement de notre blog, nous avons également proposé au Papa dont nous vous avions parlé de nous rejoindre. Plutôt que de créer son blog, il écrira ici, sous le nom de PapaPoule, avec l'aide de la plume de Nicolas. Nous l'aiderons ainsi plus efficacement.
En-dehors de ces choses, nous continuons comme avant, avec comme satisfaction le fait de se retrouver tous ensemble, si nombreux, autour d'idées justes et capables d'en discuter ensemble en toute fraternité.
Je vous remercie de m'avoir donné cette leçon en étant tous là, quand je ne croyais pas cela possible.
